21 juin 2009

A quand la Radio Nova ?

"Dès lors qu’un cinéaste est prêt à filmer la réalité et à affronter les normes hypocrites et policières de la censure, le Cine Novo peut éclore.
Dès lors qu’un cinéaste est disposé à s’opposer aux dictats commerciaux, à l’exploitation, à la pornographie, à la dictature de la technique, le Cine Novo peut éclore.
Dès lors qu’un cinéaste, quels que soient son âge ou ses origines, s’apprête à mettre son œuvre et son métier au service des causes essentielles de son temps, le Cine Novo peut éclore.
Telle est la définition du Cine Novo, une définition qui l’écarte de l’industrie, car le cinéma industriel n’a d’autres alliés que le mensonge et l’exploitation.
Le Cine Novo lutte pour cette liberté."

Glauber Rocha

11 juin 2009

Les Inaudibles

"Les mélanges culturels post-coloniaux du Nord sont également enchevêtrés dans les modes de production du capitalisme global et reproduisent par conséquent, les pentes existantes du pouvoir dans le contexte de la distribution internationale du travail.
L'inégalité sociale est codée comme différence culturelle ou même comme déficience, et du coup, elle est rendue invisible.
Cette reproduction constante d'une inégalité culturalisée forme la loi du " développement inégal " du capitalisme global.
Les hiérarchisations eurocentriques des contextes post-coloniaux variés reproduisent ainsi les mécanismes culturo-racistes de l'exclusion, qui pour leur part constituent un élément structurel fondamental des formes capitalistiques globales d'utilisation et/ou d'exploitation.

Nous devons dans ce sens non seulement demander :
" Le subalterne sait-il parler ? " mais aussi :
"Et s'il s'exprime depuis des siècles, alors pourquoi personne n'écoute ?"

Hito Steyerl
(mai 2002)

9 juin 2009

Les Européennes

"Parfois nous semblons attribuer aux gens à la peau foncée — africains autant qu’afro-américains — toutes les notes, tous les timbres et rythmes "sales- et-vilains-mais-agréables", lesquels nous imaginons que quelque mystérieux "notre-père-blanc-qui-est-en-Europe-que-son-art-soit-sanctifié" nous ait interdit de produire (nous, misérables, insignifiants, carrés et européens).

Nous pensons même, grâce aux falsifications historiques de ce personnage paternel — pour les raisons encore inconnues auxquelles nous semblons encore croire — , que les gens de notre teinte maladive n’ont jamais produit aucune note, aucun timbre ou rythme "sale-et-vilain-mais-agréable et que nous (petits blancs refoulés et asexués, tels que nous sommes supposés être) ne pouvons avoir joué aucun rôle majeur à la création de tous ces sons «immoraux » (mais agréables) sur lesquels on groove actuellement.

Non : nous préférons croire que nous n’avons que les gens de descendance africaine à remercier, ou à reprocher, pour chaque once de musique « immorale » que nous apprécions.

Il y a, en d’autres mots, le risque que notre projection massive du « défendu », qu’il soit jugé bien ou mal, sur les peuples noirs d’origine africaine, nous nous embarquions dans le même genre de processus de projection tel que décrit dans le cas de mon ancêtre fictif.

En nous défaisant de toute responsabilité face à notre propre corporalité musicale, nous forçons le peuple noir à jouer le rôle absurde du "house nigger".

Nous utilisons la musique que nous ne croyons avoir, dans notre ignorance, rien en commun avec les traditions européennes musicales, comme panacée corporelle contre nos propres problèmes de subjectivité et d’aliénation.

C’est peut-être pour cette raison que certains d’entre nous sont déçus lorsque les artistes noirs ne correspondent pas au stéréotype comportemental que nous attendons d’eux, si on ne voit pas un tortillement constant du derrière, si on n’entend pas d'argot, etc..."


Philip Tagg
"Lettre ouverte à propos des musiques "noires", "afro-américaines" et "européennes"
(mai 1987)

24 mai 2009

Puissance de feu

Pourquoi ils n'ont RIEN compris au Tsunami qui arrive :
Après avoir mis le feu au Stade de France (Kassav), les "soldats" d'Ipupa le font grimper au N°5 du Top Search Yahoo !

"Fally Ipupa" = 5eme nom le + recherché de France
Buzz : Recherche Web, le top

1. Lucy Gordon
2. Omar Bongo Ondimba
3. Charles Aznavour
4. X-Men Origins: Wolverine
5. Fally Ipupa
6. Giro 2009
7. Festival de Cannes 2009
8. Alyssa Milano

Yahoo! France
mai 2009

4 mai 2009

Une ville à l'écoute de tous

New York n'est pas "La Ville-Monde" par hasard.
WNYE est la station de radio publique appartenant à la Ville de New York, souvent présentée comme la plus européenne des métropoles américaines.
Peut-on supposer que la municipalité finance un tel équipement sans en attendre des retombées ?
Les grandes villes de France sont-elles si différentes ?
Ou plus simplement à côté de la plaque ?


Voici une liste des principales émissions culturelles de WNYE :

-Afropop
Actualité des cultures musicales d'Afrique et de ses Diasporas.

-Aktina
Emission bilingue Grec-Americain de libre-antenne et d'actualités.

-Brazilian Music Hour
Comme son nom l'indique.

-Communitaire Haitienne
En Creole.

-Cosmos
En Grec, Magazine généraliste d'informations.

-Croatian Radio
En Serbo-Croate.

-Haitian Perspective
En Creole.

-Macedonian Radio
En Macédonien.

-Medger Evers College
Une émission littéraire du "Center for Black Literature".

-Muslim Voice
En Bosniaque.

-Serbian Radio
En Anglais.

-Trevor Wilkins
L'émission de référence sur la musique Calypso, des années 30 à nos jours

-Voice of Bosnia
En Bosniaque, hebdo, Actualités de Bosnie Herzégovine.

(...)

18 avr. 2009

Le mauvais lard de Radio France

Vous n'avez pas beaucoup de temps, nous non plus.

Posons donc les choses un peu crûment : que les radios privées utilisent leurs ressources comme bon leur semble, c'est dans la logique du commerce, et les millions qu'elles perdent actuellement, conséquence directe de leurs choix éditoriaux calamiteux et de leur pitoyable avidité ne nous manquent pas directement.

Il en va autrement de la radio de service public.

Si l'on examine le plan de renouvellement de fréquences 2011 en Rhône-Alpes, un fait déterminant apparaît : Sachant que la bande FM est déja saturée, comment expliquer rationnellement que toutes les fréquences de service public soient systématiquement doublées ?

Ceci représente en effet pas moins de 27 fréquences pour le département du Rhône, dont 10 sur la seule ville de Lyon !
(2 x Fr.Culture + 2 x Fr.Inter + 2 x Fr.Info + 2 x Fr.Musique + 1 Mouv + 1 FranceBleu Isere (?))...

N'y aurait-il pas là de quoi faire un peu de place à de nouveaux entrants ?

Le budget 2009 de Radio France s'élève à 611 millions d'euros, dont 525,9 millions de redevance, soit une augmentation de 2,8 % par rapport à 2008.

Elle compte sur un effectif de 4 000 collaborateurs permanents.

Pour quels services, localement ?
Pour quels projets, vers quels publics ?

Robert Spier, directeur "numérique" de la "National Public Radio"* états-unienne déclare que celle-ci s'apprête, grâce à son exceptionnel réseau territorial, à prendre la relève de la Presse Quotidienne Régionale, qui s'effondre littéralement.

Quelle est la situation de ce maillage en France ?
Faudra-t-il, une fois encore, attendre que le pire advienne pour réagir ?

Sommes-nous donc collectivement aussi stupides, ou ce lent et sournois démantèlement serait-il "orchestré" ?

Par qui ?
Dans quels buts ?

Le temps presse.


* Un exemple d'initiative de la NPR : deux studios mobiles sillonnent en permanence le pays pour recueillir la mémoire des habitants : coût minime, succès d'audience phénoménal...

http://www.storycorps.org/

30 mars 2009

"Aujourd'hui, j'exhorte tout un chacun à battre le tambour"

Le 25 mars est la Journée internationale en souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves.

"Aujourd'hui, j'exhorte tout un chacun, où qu'il ou elle soit, à battre le tambour pour proclamer que, noirs ou blancs, hommes ou femmes, nous ne formons qu'un seul peuple.
Nous ne pouvons trouver l'harmonie que si nous nous respectons mutuellement, nous apprécions notre diversité et nous collaborons dans la poursuite de nos objectifs communs."
Ban Ki-moon,
Secrétaire général de l'ONU

La presse n'en parle pas ? comme c'est bizarre...

22 mars 2009

Le vide peut être comblé, alors que le choc est irrémédiable.

"J’ai malheureusement constaté que les cultures musicales d’Asie Centrale étaient en perdition.
Non seulement leur mémoire se perdait, mais les schémas musicaux imposés de l’extérieur, souvent avec des arrières pensées politiques, étaient en passe de créer une uniformité, une grisaille culturelle.
Ces processus ont conduit, dans le domaine de la musique, mais comme dans bien d’autres, à une perte d’identité.
(...)
Dans un monde qui se dit globalisé, certains peuvent trouver normal, voire souhaitable, une uniformisation des cultures.
Je crois pour ma part que les repères identitaires culturels de la personne et du groupe sont la source d’une force intérieure propice à des relations apaisées.
Je crois également à la force de la pluralité, sans laquelle aucun échange ne peut avoir lieu.
Cette notion fait pour moi partie intégrante de la définition même d’une réelle qualité de vie.
(...)
Je suis très soucieux du vide qui sépare les cultures.
Ce vide n’est cependant pas ce que l’on appelle à tort le choc des civilisations.
Le vide est tout aussi dangereux potentiellement qu’un choc, car l’ignorance de l’autre et la méconnaissance de la richesse que constitue la pluralité peuvent déboucher sur le mépris, la haine et la guerre.
Le vide cependant peut être comblé, alors que le choc est irrémédiable.
Ce vide nous en avons éminemment conscience et c’est la raison profonde pour laquelle nous agissons.
La culture n’est décidément ni un simple complément, ni un luxe.
CQFD.
Je vous remercie."

Discours de Son Altesse l'Aga Khan au Forum d'Avignon : "La valeur et l'importance de la diversité culturelle et son rôle en faveur de la paix et du développement"
16 Novembre 2008

Si la société continue de refuser d’écouter, et surtout d’entendre...

"La relation entre media & migration renvoie aux questions plus globales soulevées par les migrations internationales.
Sont questionnées les notions de souveraineté (rapport au territoire), de citoyenneté (place et statut des minoritaires), de discrimination (accès à la parole) ou encore de rapports sociaux (générationnels, sexués).

Au moment où les questions de diversité révèlent aussi les tensions politiques et culturelles actuelles, tant au niveau national que transnational, l’enjeu de la représentation devient encore plus important.

Une représentation équilibrée à l’écran comme dans la presse écrite et une participation adéquate dans la production d’une des institutions culturelles les plus influentes de notre temps – les media – est un enjeu important non seulement pour les media eux-mêmes mais aussi, et surtout, pour un fonctionnement réellement démocratique de la société dans sa globalité.

L’enjeu, aujourd’hui, reste de dépasser la seule question de la visibilité physique, condition nécessaire mais non suffisante à une meilleure représentation des minorités au sein des media.

Il est, en effet, urgent de se pencher sur les contenus produits et diffusés sur l’immigration, sur leur impact sur l’opinion publique et sur la place qu’occupent les minorités visibles dans les différentes étapes d’élaboration et de diffusion des productions médiatiques.

Mais ces différentes initiatives ne prendront tout leur sens, notamment au regard des questions soulevées par les migrations internationales, que lorsque les media, et la société dans son ensemble, auront rendu visible l’invisible, et invisible le visible.
Car tout cela restera vain si en acceptant de voir, la société continue de refuser d’écouter, et surtout d’entendre. "

Reynald Blion
Responsable Media & Diversité du Conseil de l’Europe

Dites non à la discrimination

"Certaines personnes prétendent qu'un monde en proie à la tourmente économique et à des menaces terroristes devrait avoir d'autres priorités que les droits de l'homme.
Elles ne peuvent pas faire plus grande erreur.

La tourmente économique et le terrorisme sont deux choses bien distinctes, mais toutes deux peuvent susciter l'insécurité et la peur.
Elles mettent toutes deux à rude épreuve les relations entre les individus et entre les peuples.

C'est précisément à des moments comme ceux-là que se fait sentir de manière plus impérieuse que jamais la nécessité de préserver les valeurs de l'humanité que sont la justice, l'égalité, la solidarité, la tolérance et le respect mutuel.
Ce respect doit exister entre les individus et entre les peuples.

Dans ce contexte, les médias jouent un rôle capital.

Les médias peuvent aider à sensibiliser l'opinion publique et à encourager le débat public sur la discrimination, notamment la discrimination raciale.

C'est pourquoi le Conseil de l'Europe mène actuellement une campagne intitulée « Dites non à la discrimination », en partenariat avec des journalistes et des médias de toute l'Europe.
Notre campagne défend les principes fondamentaux du Conseil de l'Europe en matière de droits de l'homme ainsi que notre position sur le dialogue interculturel, énoncée dans le Livre blanc sur le dialogue interculturel adopté en mai 2008."

Terry Davis
Secrétaire Général du Conseil de l'Europe
Strasbourg,
20.03.2009